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Les « humannés » Les « humannés » d’Elise D’Artmour Par ce titre : « Les humannés », une jeune artiste, Elise d’Artmour, s’efforce de rendre compte de sa démarche qu’elle situe dans un dialogue entre la trace de l’homme sur terre et cette terre qui le reçoit. Cheminant dans son œuvre naissante, nous pressentons que la langue qui sourd de l’élémental n’est sans doute pas celle de la pensée analytique mais de la perception qui la précède et l’instruit sans se dire. S’il y a en effet, une expression de la matière qui devance la parole, alors comme nous le montre son travail, c’est dans la matière même qu’il faut en puiser la voix, le bruissement primordial, le froissement de l’être que la parole n’a pas tu encore, inhumé sous son terreau conceptuel. Redonner voix à la matière dans le dépouillé d’un regard qui s’y plonge plus qu’il ne se l’approprie, tel semble être l’horizon du geste pictural d’Elise d’Armour. Sans nostalgie de l’origine mais à travers la reconduction d’un chant inaugural que le présent de son regard dispute à la morsure de l’oubli, Elise d’Artmour puise dans la palette de ses pigments la matière du monde mais aussi sa forme. Sans souci du dire, elle se consacre au voir, à son dévoilement, à la lente gestation de ce qui ne semble pouvoir éclore que dans la figuration du geste où chemine l’intuition archaïque, l’intention sauvage. Là où se dessine un paysage, c’est de chair qu’il s’agit, chair du monde et de ses corps, attrait charnel de la vision première où le voir ne s’épelle pas encore. Par incises successives, colorations matricielles, pigmentations empruntées et rendues à la terre, elle noue ce dialogue du sentir et de l’être, de la matière et du geste. Il y a du pariétal dans son travail, un hommage rendu à l’intuition originelle des peintres de Lascaux et d’ailleurs, que le glissement du pinceau sur la toile refaçonne comme pour mieux y inscrire ces fragments de sens nu, cette poïesis sauvage où se confondent encore la morphologie de la roche et son double pictural. L’atmosphère est ici à la pluralité d’un regard qui prend figure dans l’abstraction pour mieux s’abstraire de la figure ; on ne reconnait pas les formes surgissant de la matière mais on assiste, muets, au surgissement même de la matière. Certes, des courbes se dessinent parfois ; des corps se révèlent à demi-teintes ; quelques paysages s’esquissent sous le regard, mais ce n’est que pour mieux les rendre aux pigments terreux dont ils ont jailli. Tout ici est prétexte au primat du sensible et de son engendrement : le recours à des matériaux bruts que la terre délaisse ; le choix des ocres empruntées à la roche ; le modelage de la forme par couches successives comme un étagement infini de blessures matricielles et de germinations minérales. L’Afrique aussi, bien sûr ; tenue à fleur de regard tel un voyage inachevé, un mouvement continu. On s’y hasarde dans le lointain de l’horizon à venir, dans la violence de sable où s’embrase l’ombre du vagabond et dans la grâce des lèvres qu’abreuve la palmeraie. L’Afrique a donné à Elise d’Artmour ce qu’elle cherchait déjà : la caisse de résonance de sa palette, et une mémoire plus dense. On peinerait, donc, inutilement à vouloir donner un sens univoque à ce qui se donne à voir dans sa peinture ; on passerait à côté de l’essentiel à tenter de dire ce qui précède le dire ; il y a simplement, dans son travail, la promesse du regard comme une promesse de dévoilement ; simplement la singularité d’un œil accordé au monde ; la capture d’un geste et l’évidence d’une œuvre. Juste dans le vif d’un faire et la présence d’un horizon ; il y a … Par Pierre-Jean Memmi, agrégé de philosophie à Arles. TrackbacksWeblogs that reference this entry
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