Profil de Elise d'ArtmourElise d'ArtmourPhotosBlogListesPlus ![]() | Aide |
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Les choséitésIl y a des œuvres qui se nourrissent du monde même qu’elles façonnent et de l’horizon qui s’y déploie. Plutôt que de puiser ailleurs la source de leur inspiration, elles suivent leur propre courant, une évolution qui n’appartient qu’à elles. C’est pourquoi avoir la présomption critique d’en figer le cours signifie toujours en perdre la nécessité interne, le regard à venir et la promesse d’une renaissance. Le travail d’Elise d’Artmour n’échappe pas à cette dynamique. Cherchant au cœur même de son geste ce qui demeure en suspens, elle s’efforce d’y tracer la continuation de son chemin. Jusqu’à peu encore, du chaos des éléments, en un tour de force déjà visionnaire, elle empruntait ses résidus, tressait des végétaux, entrelaçait de naturelles étoffes, malaxait ses papiers tout en puisant au magma terrestre le tissu granitique de ses paysages. Désormais, elle informe sa matière, en polît les contours. De sa palette première d’où jaillissait l’originel - celui qu’elle pressentait et qu’elle a su faire sien ; celui qui s’imposait et qu’elle a su faire nôtre - Elise a circonscrit des lignes, redécouvert des formes. A celui qui s’étonnerait de cette soudaine rupture, rappelons que l’univers aussi est ferveur matricielle, engendrement pluriel, abri de formes à naître. Or, c’est de l’ouvrage du monde qu’Elise ébauche son œuvre. Ce qu’elle qualifie, modestement, « d’œuvre de jeunesse » est genèse de l’œuvre, sa cosmogonie. Il fallait cette lutte originelle, ce défi lancé à la matière pour que du combat put surgir la ligne et de la forge hostile de nouveaux outils. Elise n’a pas renoncé à la matière ; elle en fouille autrement l’opacité pour mieux la révéler. En une quête obstinée, attentive à la figuration des éléments qui d’eux-mêmes se font racines, rochers, elle en tisse la trame spirituelles, la voluptueuse abstraction. Naguère, elle rêvait l’origine de l’univers, désormais, elle en visite les quartiers. Mais le parcours reste sensuel et sa révélation résolument charnelle. Si les formes surgissent, c’est dans le souvenir de ce dont elles procèdent. Quelque chose est sortie de la matrice qui porte encore la trame de sa mémoire. Nous ne sommes plus, comme auparavant, dans l’utérus du monde, mais promontoire de sa création. Pourtant, dans la massivité de ses rochers se devinent des ventres lourds de leur future progéniture et dans le renfoncement de ses arbres de vaginales intimités. La chair du monde transparaît dans chacune de ses présences minérales, dans les plis et contre plis de chacun de ces troncs d’arbres ; l’univers entier s’y dessine comme les nervures d’une galaxie saisie dans celles d’une fougère.
Un halo lumineux, vibrant au rythme de ces formes, oscille entre avalanche solaire et vacillement d’une chandelle. Elise éclaire ses toiles comme on lit un poème, en récite l’alphabet sur une portée colorée. Ici, sourde comme un impalpable mirage ; ailleurs, éclatante telle une incendiaire déclinaison, mais toujours en hommage à son lit de couleurs : des mauves, des jaunes, des bleus… Il est question, pour elle, de pénétrer le monde, mais non de le brusquer. Le regard s’est posé, accroche les profondeurs, intensifie le geste. Les formes s’éveillent entre lyrisme et nostalgie, dévoilent une présence onirique, une géographie de l’âme, la passion d’un monde. Pour en saisir la grâce, Elise s’est essayée à l’encre, à gratter des plumes. Fructueuse alchimie de qui cherche ses outils… A la brosse d’autrefois qui étageait, rageusement, la matière, le pinceau répond, désormais, avec délicatesse, lisse la couleur comme on filtre la lumière. Aux bruyances douloureuses de l’enfantement fait, à présent, écho le murmure à peine audible d’une respiration. Qui de plaindrait du devenir de l’œuvre, de la maturation des lignes ? La vie se tient là, dans le silence d’une nature encore fragile et le pinceau qui la sublime.
Par Pierre-Jean Memmi, agrégé de philosophie RétroliensBlogs Web qui font référence à ce billet
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